« La route de la soie, cinq petits mots qui depuis toujours ont fait chanter mon imagination. Je voyais des caravanes de chameaux, pareilles à celles des rois mages, chargées de soieries merveilleuses, d’épices rares, de jade précieux. J’imaginais ces cortèges fabuleux, sillonnant la route pendant plusieurs mois, le jour sous un soleil, la nuit sous le ciel étoilé. Il fallait aller voir, confronter le rêve et les livres avec la réalité ».

Comme le montre cet extrait, l’expression « route de la soie » renferme quinze siècles d’histoire. La Chine n’a en effet pas toujours été encerclée par sa grande muraille. A l’époque de la dynastie des T’ang (618-907), elle avait déjà tissé des liens avec le monde occidental et le monde oriental. Ces relations empruntaient le chemin que nous nommons depuis « Route de la Soie ». Aujourd’hui le projet « OBOR » -« One Road, One Belt »- fait ressurgir le spectre de cette route. Ainsi, j’aimerais évoquer les origines de cette route avant d’expliquer en quoi consiste l’actuel projet « OBOR », et d’évoquer les réactions des différents acteurs internationaux.

La Genèse de la Route de la Soie.

L’expression est apparue au XIXe siècle sous la plume de Ferdinand Richthofen pour désigner la réalité des échanges économiques et culturels entre le monde méditerranéen, la Chine, et tous les pays situés entre ces deux extrémités. Plus que d’une véritable route, il s’agit d’un faisceau de voies, un réseau d’itinéraires commerciaux maritimes et terrestres. Cette « route » est née avec la mise en place d’une nouvelle organisation socio-économique et donc géographique de la hine au IIe millénaire, en lien avec une augmentation de l’aridité. Cette organisation est caractérisée entre autres par la diffusion du nomadisme pastoral et l’apparition du métier de marchand –au sens de spécialiste se déplaçant.

On parle de « route de la soie » parce qu’elle s’est développée avec l’essor du commerce de la soie qui s’organise dès le IIe millénaire. Néanmoins, cette route fût aussi celle des idées, des religions et des techniques d’art. D’ailleurs, la route se développe avec l’Empire, permettant aux moyens et grands Etats de dépasser les clivages régionaux. Sur les trois sections de cette même route – Chine, Asie Centrale et Moyen-Orient – voyageaient de nombreux produits : pierres, porcelaine, étoffes de laine ou lin, ambre, ivoire, verre, corail, métaux précieux, armes…. On lui attribue un rôle majeur dans les « Grandes Découvertes ».

Tous ne s’accordent pas sur les origines de la route – Leroi-Gourhan considère par exemple que cette route a constitué un espace d’échange dès le paléolithique- mais une chose est certaine, elle a progressivement disparu. Elle a d’abord été interrompue par l’invasion turque au XVe siècle. Peu à peu, sa longueur, les nombreux intermédiaires pour l’emprunter, et les dangers multiformes encourus par les voyageurs à cause de l’instabilité géopolitique de la région ont rendu les produits y transitant trop onéreux. Les Européens ont alors recherché une nouvelle route. Tandis que naissait « la route des épices » (une route maritime) vers les pays d’Orient, la « route de la soie » était de plus en plus désertée et fût abandonnée à l’aube du XVe siècle. Notons que le développement de la fabrication de la soie en Europe a contribué à ce désintérêt.

La Renaissance de la Route de la Soie à travers le titanesque projet « OBOR »

« OBOR » est le projet phare du président chinois Xi Jinping. Il prévoit la construction d’une « arme économique » (F. Godement) redoutable de 10 000 kilomètres de long pour la modique somme de 1000 milliards de dollars. Cette « nouvelle route de la soie », que Xi Jinping a présentée devant 29 chefs d’Etat mi-mai, concerne au total 68 pays et consiste selon Xi Jinping en un « plan Marshall » qui devrait «  bouleverser à l’échelle mondiale », «  les échanges pour les décennies à venir ». Comme l’indique l’acronyme « OBOR », il ne s’agit pas d’une, mais de deux routes : une route maritime partant de Hongkong et Shanghaï vers l’Océan Indien et le Canal de Suez, et un axe ferroviaire traversant l’Ouest Chinois, l’Asie Centrale et la Russie pour atteindre l’Europe.

Le projet demeure cependant assez flou. Il a été ébauché en 2013 avec la volonté de réduire de moitié le temps de transport entre Pékin et l’Europe pour renforcer la présence chinoise dans le monde, et pour des questions d’intérêts énergétiques. Le président l’a évoqué à de nombreuses reprises lors de ses déplacement : au Kazakhstan, en Indonésie… Toutefois si 270 accords de coopération ont été signés avec les pays concernés selon Xi Jinping, et que l’agence Xinhua a publié des documents relativement précis à l’image de « Visions et actions », le tracé de la route demeure assez incertain.

De même, se pose la question du financement de ce projet. En effet, la Chine ne peut à elle seule financer le projet : elle a déjà effectué une levée de fonds exceptionnelle de 40 milliards, ce qui est assez faible relativement au coût global. Tous les partenaires ne sont par ailleurs pas en mesure d’assumer les frais du chantier et d’entretien des infrastructures comme ils sont supposés le faire (dans des proportions variables). La Chine attend également une participation de la part des acteurs étrangers, participation qui n’est pas certaine.